On peut regretter d'être venu. On peut regretter d'être né, d'être né sur la Terre, on peut regretter d'être né sur la Terre, certains auraient préférés être nés sur Venus, sur Mars... parallèlement on aimerait parfois que certains changent de planète...
Y'a même des gens qui regrettent les siècles passés, qui disent que c'était mieux dans le temps. Alors que dans les siècles passés on était pas tous des princes dans des palais couchés sur des coussins pourpres à manger des enfants maquillés. Pas tous, loin de là.
La plupart d'entre nous, on était plutôt des laboureurs, des bergers, des bergères, la plupart d'entre nous vous savez...
Alors les bergères on les asseyait dans un champ, un pré, vers l'âge de 6-7 ans entourées de quelques moutons, parfois des pintades et elles restaient là, assises toute la vie...
De temps en temps elles mangeaient un vers de terre, histoire de goûter... Autour, toujours le même paysage, à droite la rangée de peupliers, tout droit le petit bois ombragés par quelques nuages du soir... Pour passer le temps, elle faisaient de la météo, "ahg pt'ète bein qui va pleuvouair"... La petite rivière sur la gauche... Toute la vie, toute la vie... Une mélancolie, une tristesse, un ennui terrible...
De temps en temps un seigneur passait "Retire ta robe vermine !", c'était rare... Parfois il restait un an sans revenir... Parfois il revenait pas... Certaines devenaient folles, elles allaient à la mairie "il faut que je boutte les anglais hors de France, j'ai entendu, je suis le général de Gaulle"... Donc je le répète, ça rendait fou, la tristesse, la mélancolie de cette vie terrible...
Alors, pour remedier à ça on s'est mis tous à vivre les uns contre les autres dans des immenses villes avec des immenses banlieues, pour ressentir cette bonne vieille chaleur humaine tellement réconfortante...
On peut tout regretter...


